Poème
Déjà la nuit en son parc amassait
Déjà la nuit en son parc amassait Un grand troupeau d'étoiles vagabondes, Et, pour entrer aux cavernes profondes, Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ; Déjà le ciel aux Indes rougissait, Et l'aube encor de ses tresses tant blondes Faisant grêler mille perlettes rondes, De ses trésors les prés enrichissait : Quand d'occident, comme une étoile vive, Je vis sortir dessus ta verte rive, O fleuve mien ! une nymphe en riant. Alors, voyant cette nouvelle Aurore, Le jour honteux d'un double teint colore Et l'Angevin et l'indique orient.
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Un vieux poète en son crâne amassait Un grand troupeau de rimes vagabondes, Et, se perdant en rêveries profondes, Au long du soir, les chimères chassait. Dans le foyer, la braise rougissait ; Au fond du verre, un peu de bière blonde. Quelques oiseaux gazouillaient à la ronde, Et le papier de vers s'enrichissait. Près du canal, comme une flèche vive, Une mouette a, survolant les deux rives, Surgi du ciel, par surprise, en riant. Cet oiseau blanc dans la nouvelle aurore Fait que le jour de plaisir se colore Et d'un sourire apporté d'Orient.
Au Moulin Rouge --------------- Au Moulin Rouge un meunier amassait Plusieurs millions de graines vagabondes, Et, transporté par une joie profonde, En son grenier tout le jour les classait. Dans le couchant, le moulin rougissait ; L’homme parlait avec les graines blondes. Quelques rongeurs circulaient à la ronde, Et le moulin de grains s’enrichissait. Loin dans les airs, comme une flèche vive, Une hirondelle a survolé la rive De la Garonne, au soir, en souriant. Puis elle dort jusqu’à la fraîche aurore, Quand le moulin de rose se colore Comme les fruits qu’on trouve en Orient.
La nuit insoumise ------------ Un fort hibou des vivres amassait, Pour attirer les souris vagabondes ; Il le faisait par sagesse profonde, Ce vieux rusé, c'est ainsi qu'il chassait. Chaque rongeur ainsi se nourrissait, Qui savourait les bonnes graines blondes ; Leur panse alors devenait un peu ronde, Le prédateur sa table enrichissait. Car il faut bien que tout le monde vive, Tant pis pour vous, créatures chétives ; Vous n'irez plus nos réserves pillant. Pour chaque nuit doit venir une aurore, Ne la verra que celui qui dévore Ses invités, ses malchanceux clients.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2022/05/08/la-nuit-insoumise/
Voir aussi https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/08/15/du-bellay-voit-une-mouette/
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