Poème
Une carte postale : les quais de Paris
par Raymond RADIGUET
On a remplacé les coquillages Par des boîtes à livres. J’appris Qu’il est de bien plus jolis rivages, En feuilletant les livres de prix. Cher ami, sans retard levons l’ancre ; Encrier triste comme la mer. De grâce, n’écrivez plus à l’encre : Les mots qu’on y pêche sont amers.
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Ancre invisible ---------- Cette ancre imperceptible a fait trois tours du monde, Qui en d’étranges fonds a su s’aventurer ; Elle aimait s’accrocher aux rochers fissurés Que l’on rencontre au nord des îles de la Sonde. Elle a vu des contrées arides ou fécondes, Des crustacés pensifs, des poissons délurés ; Elle a goûté le chant des homards azurés Et celui des ondins qui sont en eaux profondes. D’un vaisseau naufragé quelques vestiges flottent, Portant les armoiries de la reine Charlotte : Un ange du Seigneur accompagné d’un porc. Cette ancre nullement ne se laisse distraire, Que ce soit au grand large ou que ce soit au port, Dans le vent favorable ou dans le vent contraire.
Ancre flottante ----------- C’est la plus légère du monde, Neptune peut te le jurer ; Elle est capable d’assurer Au vaisseau sa place sur l’onde. Autour de la planète ronde Les marins vont s’aventurer ; La nef bénie par le curé Ne craindra pas les eaux profondes. « Quel prodige, une ancre qui flotte ! Il m’en faut une, saperlotte ! », Disait l’armateur, Maître Porc. Un vieux capitaine, à sa table, Un connaisseur de chaque port, Trouvait ce progrès contestable.
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