Poème
Un Feu Distinct...
par Paul VALÉRY
Un feu distinct m’habite, et je vois froidement La violente vie illuminée entière... Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant Ses actes gracieux mélangés de lumière. Mes jours viennent la nuit me rendre des regards, Après le premier temps de sommeil malheureux; Quand le malheur lui-même est dans le noir épars Ils reviennent me vivre et me donner des yeux. Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair, Et mon rire étranger suspend à mon oreille, Comme à la vide conque un murmure de mer, Le doute -sur le bord d’une extrême merveille, Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille?
Commentaires (1)
Fantôme d’un feu ---------------- Ce brasier flambe froidement, Tout entouré de froides pierres ; Il éclaire un bosquet dormant Où s’ouvre une sombre clairière. Ce feu mourut, Dieu sait comment, Peut-être en manque de matière ; Nos n’en ferons pas un roman, La chose n’est point singulière. À minuit son spectre s’éveille Et danse, fantôme sans chair, Pour des spectateurs qui sommeillent. Il est triste, mais pas amer, Lui qui faisait tant de merveilles ; Au loin croasse une corneille.
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