Poème
Baignée
par Paul VALÉRY
Un fruit de chair se baigne en quelque jeune vasque, (Azur dans les jardins tremblants) mais hors de l’eau, Isolant la torsade aux puissances de casque, Luit le chef d’or que tranche à la nuque un tombeau. Éclose la beauté par la rose et l’épingle! Du miroir même issue où trempent ses bijoux, Bizarres feux brisés dont le bouquet dur cingle L’oreille abandonnée aux mots nus des flots doux. Un bras vague inondé dans le néant limpide Pour une ombre de fleur à cueillir vainement S’effile, ondule, dort par le délice vide, Si l’autre, courbé pur sous le beau firmament, Parmi la chevelure immense qu’il humecte, Capture dans l’or simple un vol ivre d’insecte.
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Sagesse des miroirs ---------------------- Le miroir déformant altère et transfigure La face des vivants, réels ou inventés : Mais tu ne dois par lui te laisser démonter, Ce n’est qu’une amusette où se plaît la nature. Le miroir déformant peut bien, par aventure, Offrir à nos regards l’illusion de beauté ; Le plus souvent, pourtant, on en est mal traité, Car de nos traits il brosse une ignoble peinture. Donnons-lui hardiment les plus nombreux sujets Dont il fabriquera les plus plaisants objets ; Même d’un monument se rira son audace. On lui trouve pourtant un rival sous les cieux, Qui souvent vient nous voir quand nous nous faisons vieux : C’est notre ami Chronos ; oui, c’est le temps qui passe.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2015/01/05/sagesse-des-miroirs/
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