Poème
Tape le linge...
par Francis JAMMES
De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir
Tape le linge dans l’eau claire. Tes bras qui ont des fossettes sont beaux. — Tes jambes tu les serres. Tu es la laveuse. Tu jettes Dans l’eau le linge dur et sale des paysans aux douces têtes. Et puis ensuite tu l’étales à des ficelles dans les cours qui sont près de l’obscure étable. Les dimanches et les grands jours, il y a des chemises blanches pour tes frères qui font l’amour. Tu danses sous les grandes branches, sur la place publique, au village, et on a envie de tes hanches. Pendant ce temps les garçons sages au tir font péter des capsules et à la loterie ils gagnent. ... Tu as l’air ainsi d’être heureuse. Mais demain tape dans l’eau claire le linge qui fait — plac — laveuse — en écoutant l’eau sur les pierres. 1889.
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Sagesse du goupil de pourpre ----------------------- Le goupil demeure caché Même si quelques souris dansent ; Il se repose, il rêve, il pense En écoutant le vieux clocher. S’il est par l’odeur alléché D’un noble camembert de France, Il reste dans l’indifférence, Sans parler au corbeau perché. Il ne revendique nul titre, Il ne veut pas porter de mitre ; Il laisse vivre les poissons. Il lui souvient, dans l’aube grise, D’une chanson jadis apprise D’un prince, un étrange garçon.
Perplexité du goupil de pourpre ------------------------ Les mots ont-ils un sens caché ? Comme on est loin d’une évidence ! Le récit du monde est trop dense Et sur lui, pourquoi se pencher ? Au savoir, pourquoi s’attacher ? Tout est vain, sauf l’impermanence ; Nous cultiverons le silence Et nous cesserons de chercher. Achète un livre, achève un litre, Écris des poèmes sans titre, Repeins les murs de ta maison. Ce goupil qui rien ne maîtrise, Nullement je ne le méprise ; Même je lui fis un blason.
Sémiologie goupilienne ----------- Vieux goupil de pourpre, Tu te poses des questions Qui sont sans réponse.
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