Poème
Statue ou épouvantail
par Raymond RADIGUET
Les seins du marbre, mes fruits lourds Arrondis par le lourd soleil, S’ils rougissent, tout est perdu, Je les nomme pommes d’amour. C’est, entier, un verger marin, À elle seule que Vénus ; Verger par lui-même trahi ! Car Vénus, pendant son sommeil, Nous livre ses secrets, ses fruits. (Installé le moineau, corail Sur ta branche, il la fait plier), Heureux qui ne doute de rien ! Sans crainte, vagues, picotez L’arbre du corail effronté : Dans son rôle d’épouvantail Vénus manque d’autorité.
Commentaires (1)
L'épouvantail s'est senti lourd, Et las de rester au soleil. Hélas, que de temps sans sommeil, Sans promenade et sans amour. Planté là dans le vent marin, Sans jamais parler à personne ; Sans qu'heure joyeuse ne sonne, Planté là comme un mandarin. Sans pouvoir manger un seul fruit. Enviant moineaux et moinelles Et plus encore une hirondelle : Heureux qui dans les airs s'enfuit ! Son rôle lui a tant pesé Que l'épouvantail en révolte Cessa de garder la récolte, En corbeau métamorphosé.
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