Poème
Avec la mort tu te maries...
par Raymond RADIGUET
Avec la mort tu te maries Sans le consentement des dieux ; Mais le suicide est tricherie Qui nous rend aux joueurs odieux, De leur ciel nous fermant la porte. Les morts que l’on n’attendait pas Devant le ciel font les cent pas Et leurs âmes sont feuilles mortes Jouets du vent, des quatre vents. Parce qu’au ciel on garde l’âge Que l’on avait en arrivant, Narcisse se donne la mort ; Il n’y trouve nul avantage, Sauf la volupté du remords. S’il tenait tant à son visage, Que ne pensa-t-il se noyer Dans la fontaine de Jouvence ? Toi, colombe dépareillée, Explique à quoi cela t’avance De répéter de ce nigaud La dernière parole ? Écho, Entendons-nous sous ce bosquet, Es-tu colombe ou perroquet ? De ce dernier tu t’autorises, Paresseuse, pour grimacer Aux mots d’amour que ton Narcisse N’eut pas souci de prononcer. Lui, Narcisse, errant dans les vals De la mort, et, de roche en roche, Elle dans la vie, ils se valent. Ce désœuvrement les rapproche ; Qu’ils eussent fait un beau ménage !
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