Poème
Ruines
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Le Jardin de l'Enfance
Quelquefois je suis plein de grandes voix anciennes, Et je revis un peu l’enfance en la villa ; Je me retrouve encore avec ce qui fut là Quand le soir nous jetait de l’or par les persiennes. Et dans mon âme alors soudain je vois groupées Mes sœurs à cheveux blonds jouant près des vieux feux ; Autour d’elles le chat rôde, le dos frileux, Les regardant vêtir, étonné, leurs poupées. Ah ! la sérénité des jours à jamais beaux Dont sont morts à jamais les radieux flambeaux, Qui ne brilleront plus qu’en flammes chimériques : Puisque tout est défunt, enclos dans le cercueil, Puisque, sous les outils des noirs maçons du Deuil, S’écroulent nos bonheurs comme des murs de briques !
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Vestiges ------------ Dans quel oubli, ce jour, mes lectures anciennes ! Tant de beauté qui vint, et tant qui s'en alla, Il est bien démuni, le vieillard que voilà ; Sa finesse d'antan, faut-il qu'il s'en souvienne ? Tant de pages, le soir, soigneusement coupées, Le désir de savoir me brûlant de ses feux, Mais je suis devenu ce reptile frileux Qui peine à maintenir ses forces regroupées. Allons, ça ne fait rien. Le ciel est toujours beau, La muse infatigable arbore un long flambeau, Je sens danser en moi mon coeur couleur de brique. Il est temps de chanter la joie des écureuils, L'ardeur des sangliers, le bonheur des chevreuils Et le contentement des êtres chimériques !
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