Poème
Devant mon berceau
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Le Jardin de l'Enfance
En la grand’chambre ancienne aux rideaux de guipure Où la moire est flétrie et le brocart fané, Parmi le mobilier de deuil où je suis né Et dont se scelle en moi l’ombre nacrée et pure ; Avec l’obsession d’un sanglot étouffant, Combien ma souvenance eut d’amertume en elle, Lorsque, remémorant la douceur maternelle, Hier, j’étais penché sur ma couche d’enfant. Quand je n’étais qu’au seuil de ce monde mauvais, Berceau, que n’as-tu fait pour moi tes draps funèbres ? Ma vie est un blason sur des murs de ténèbres, Et mes pas sont fautifs où maintenant je vais. Ah ! que n’a-t-on tiré mon linceul de tes langes Et mon petit cercueil de ton bois frêle et blanc, Alors que se penchait sur ma vie, en tremblant, Ma mère souriante avec l’essaim des anges !
Commentaires (1)
L’amour immaculé n’étant pas de ce monde, Dans une aubade rouge il mit sa joie profonde. L’automne était pour lui solitaire saison, Béatrice ayant fui la commune maison, Bergère trop volage, aux décisions bien lestes Inspirées par Dieu sait quel doux billet céleste. C’était l’automne... et les feuilles tombaient toujours. Caprice blanc, la neige advint dans les trois jours. Chapelle dans les bois devenue tombe blanche, Chapelle de la morte, un arbre dessus penche, Chapelle ruinée dont l’allure aurait séduit Charles Baudelaire ou des rêveurs comme lui. Dans son château rural, le fier poète écoute Chopin en descendant un whisky pour la route. Un Christ en croix le voit d’un air sage et profond, Il fait un clair de lune intellectuel à fond. Sur son clavier d’antan il compose des rimes Chantant les coeurs blasés que leurs amours dépriment, La communion pascale et le gigot d’agneau ; Dans l’allée travaille un jardinier solognot. Or, devant deux portraits de ma mère en enfance, Et devant mon berceau chargé de souvenances, Un diptyque envahit mon imagination. Ah, ce frisson d’hiver refroidit mes passions, Gretchen la pâle amie de mes jours bucoliques D’hiver continental, presque mélancolique, M’invite-t-elle en son sentimental jardin? Une vierge, une rose y languit ce matin, Chantée par l’organiste, au paradis éclose, Où la Bénédictine un air nouveau compose. * * * * * Une clé : http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/emile_nelligan/index.html
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