Poème
Requête de Théophile à Nosseigneurs de Parlement
Œuvres poétiques - Troisième partie
Celui qui briserait les portes Du cachot noir des troupes mortes, Voyant les maux que j'ai soufferts, Dirait que ma prison est pire: Ici les âmes ont des fers, Ici le plus constant soupire. Dieux, souffrez-vous que les Enfers Soient au milieu de votre empire, Et qu'une âme innocente, en un corps languissant, Ne trouve point de crise aux douleurs qu'elle sent? L'oeil du monde qui par ses flammes Nourrit autant de corps et d'âmes Qu'en peut porter chaque élément, Ne saurait vivre demi-heure Où m'a logé le Parlement; Et faut que ce bel astre meure Lorsqu'il arrive seulement Au premier pas de ma demeure. Chers lieutenants des dieux qui gouvernez mon sort, Croyez-vous que je vive où le Soleil est mort? Je sais bien que mes insolences Ont si fort chargé les balances Qu'elles penchent à la rigueur, Et que ma pauvre âme abattue D'une longue et juste langueur, Hors d'apparence s'évertue De sauver un peu de vigueur Dans le désespoir qui la tue; Mais vous êtes des dieux, et n'avez point de mains Pour la première faute où tombent les humains. Si mon offense était un crime, La calamité qui m'opprime Dans les horreurs de ma prison Ne pourrait sans effronterie Vous demander sa guérison; Mon insolente flatterie Ferait lors une trahison A la pitié dont je vous prie, Et ce reste d'espoir qui m'accompagne ici Se rendrait criminel de vous crier merci. Pressé d'un si honteux outrage, Je cherche au fond de mon courage Mes secrets les moins paraissants, Je songe à toutes les délices Où se sont emportés mes sens; Je m'adresse à tous mes complices: Mais ils se trouvent innocents Et s'irritent de mes supplices. O ciel! ô bonnes mœurs! que puis-je avoir commis Pour rendre à mon bon droit tant de dieux ennemis? Mais c'est en vain que je me fie A la raison qui justifie Ma pensée et mes actions; Bien que mon bon droit soit palpable, Ce sont peut-être illusions: Le Parlement n'est pas capable Des légères impressions Qui font un innocent coupable. Quelque tort apparent qui me puisse assaillir, Les juges sont des dieux, ils ne sauraient faillir. N'ai-je point mérité la flamme De n'avoir su ployer mon âme A louer vos divins esprits? Il est temps que le Ciel s'irrite Et qu'il punisse le mépris D'un flatteur de Cour hypocrite Qui vous a volé tant d'écrits Qui sont dus à votre mérite. Courtisans qui m'avez tant dérobé de jours, Est-ce vous dont j'espère aujourd'hui du secours? Race lâche et dénaturée, Autrefois si mal figurée Par mes vers mal récompensés, Si ma vengeance est assouvie, Vous serez si bien effacés Que vous ne ferez plus d'envie Aux honnêtes gens offensés Des louanges de votre vie, Et que les vertueux douteront désormais Quel vaut mieux d'un marquis ou d'un clerc du Palais. Et s'il faut que mes funérailles Se fassent entre les murailles Dont mes regards sont limités Dans ces pierres moins impassibles Que vos courages hébétés, J'écrirai des vers si lisibles Que vos honteuses lâchetés Y seront à jamais visibles, Et que les criminels de ce hideux manoir N'y verront point d'objet plus infâme et plus noir. Mais si jamais le Ciel m'accorde Qu'un rayon de miséricorde Passe au travers de cette tour, Et qu'enfin mes juges ployables Ou par justice ou par amour M'ôtent de ces lieux effroyables, Je vous ferai paraître au jour Dans des portraits si pitoyables, Que votre faible éclat se trouvera si faux, Que vos fils rougiront de vos sales défauts. Mes juges, mes dieux tutélaires, S'il est juste que vos colères Me laissent désormais vivant, Si le trait de la calomnie Me perce encore assez avant, Si ma muse est assez punie, Permettez que dorénavant Elle soit sans ignominie, Afin que votre honneur puisse trouver des vers Dignes de les porter aux yeux de l'univers.
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Double manoir --------------- Ce double manoir a deux portes, La basse est pour les âmes mortes ; Rien de ce qu'elles ont souffert Ne franchit ces battants de fer. Mais ceux d'en haut sont languissants, Car leur délire, surgissant Du profond du manoir de flammes, Tourmente leur coeur et leur âme. De ce lieu, l'ange tutélaire Épargne au pécheur sa colère, Qui, depuis si longtemps vivant, Ne s'en soucie, dorénavant.
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