Poème
Premier remords
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Le Jardin de l'Enfance
Au temps où je portais des habits de velours Eparses sur mon col roulaient mes boucles brunes. J’avais de grands yeux purs comme le clair des lunes ; Dès l’aube je partais, sac au dos, les pas lourds. Mais en route aussitôt je tramais des détours, Et, narguant les pions de mes jeunes rancunes, Je montais à l’assaut des pommes et des prunes Dans les vergers bordant les murailles des cours. Étant ainsi resté loin des autres élèves, Loin des bancs, tous un mois, à vivre au gré des rêves, Un soir, à la maison craintif comme j’entrais, Devant le crucifix où sa lèvre se colle Ma mère était en pleurs !… Ô mes ardents regrets ! Depuis, je fus toujours le premier à l’école.
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Alpiniste -------------- Le grand fauve, tirant sa langue de velours, Escalade les monts de pierre blanche et brune ; Il est parti très tôt, sous l’oeil froid de la lune, Vers la lointaine cime entraînant son corps lourd. Au long du chemin raide, il grimpe, sans détours ; C’est un versant alpin, ce n’est pas une dune, Et pourquoi fait-il ça ? Serait-ce pour des prunes ? Non, c’est pour le plaisir de ne plus voir sa cour. Le roi des animaux, chaque fois qu’il s’élève Loin de ses courtisans, fait revivre ses rêves, Enivrant son esprit d’un air limpide et frais. Parvenant au sommet, sa conscience frivole Vers des Himalayas de délire s’envole, De duc ni de marquis, son âme n’a regrets.
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