Poème
Mobilisation
par Charles VILDRAC
La guérite, lourd cercueil Ouvert debout, à la pluie ; Le portillon de la grille Qu'on ne franchit pas sans frémir, Qu'il vous livre ou qu'il vous délivre ; Le poste de police et son bat-flanc : Sommeil de forçats, traqué par la lampe ; Tourment du concierge à cartouchières; Bêtise et néant des consignes. Ah ! rien n'est changé depuis mon "service" ; C'est toujours la dure écurie à hommes ; C'est toujours ton règne ô coaltar funèbre, Dans les chambrées comme aux latrines. Horreur ! Les maîtres de céans Ce sont toujours les capitaines de ton temps : Ces deux qu'on nommait Bostock et Ravachol. Tels qu'autrefois pendant l'exercice, Au milieu de la cour je les retrouve Piaffant par jeu, changeant de cambrure, Posant pour la botte, posant pour le poil Et pour le poitrail si plein de sa croix : La croix des quinze ans de service et de manille. Nation armée ! vois-les qui te regardent Entrer chez eux comme au pénitencier. Va, ne crains pas qu'ils t'accompagnent Demain, le long des bois hantés Où les balles coupent les branches. Ils te garderont peu de jours : Le temps de te rendre étouffants Les habits qu'ils vont te remettre ; Le temps que s'humilie et tremble Le paysan qui les nourrit ; Le temps que leur bêtise offense Plus d'un homme qui va mourir. Ils te conduiront à la gare Et rentreront dans leur caserne, Pour que la Caserne demeure. Rapporte-leur, quand tu reviendras, O nation armée, le pompon de gloire Le nouveau pompon dont ils seront gardiens Et que seuls ils sauront dignement arborer.
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