Poème
Chant d'un fantassin
par Charles VILDRAC
A André Bacque Je voudrais être un vieillard Que j'ai vu sur une route ; Assis par terre au soleil Il cassait des cailloux blancs Entre ses jambes ouvertes. On ne lui demandait rien Que son travail solitaire. Quand midi flambait les blés, Il mangeait son pain à l'ombre. Je connais dans un ravin Obstrué par les feuillages Une carrière ignorée Où nul sentier ne conduit. La lumière y est furtive Et aussi la douce pluie ; Et un seul oiseau parfois Interroge le silence. C'est une blessure ancienne, Étroite, courbe et profonde Oubliée même du ciel ; Sous la viorne et sous la ronce J'y voudrais vivre blotti. Je voudrais être l'aveugle Sous le porche de l'église : Dans sa nuit sonore il chante ! Il accueille tout entier Le temps qui circule en lui Comme un air pur sous des voûtes. Car il est l'heureuse épave Tirée hors du morne fleuve Qui ne peut plus la rouler Dans sa haine et dans sa fange. Je voudrais avoir été Le premier soldat tombé Le premier jour de la guerre.
Commentaires (3)
Chant d’un plumitif --------------------------- Je voudrais être un guépard Courant après les gazelles ; Je voudrais être un busard Capturant les hirondelles. Sans penser, mordre la chair Où la vie tremble et palpite, Se cacher dans le désert, Sans devenir un ermite. Je voudrais vivre de rien Ou presque, dans un coin sombre, Ignorant le mal, le bien Et leurs nuances sans nombre. Sans penser, boire de l’eau Provenant d’une fontaine Où se baignent les oiseaux Dont l’âme est toujours sereine. Je voudrais, dans un chalet, Passer le jour à écrire Auprès des monts du Valais, Qui dans un grand lac se mirent. Sans penser, tracer des mots D’une écriture bien ronde, Inventer des animaux, Inventer un nouveau monde.
J'aimerais, dans ce chalet, Passer la nuit à écrire On formerait 1 ballet De tous nos sonnets, sans nuire.
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