Poème
Europe
par Charles VILDRAC
Arbre mutilé, maintenant sois libre ! Ils avaient empoigné tes branches Pour les cingler et les briser ensemble Par le calcul et la rigueur de leurs pesées ; Ils les maintenaient en branle éperdu, Ils les tourmentaient de durs élans captifs, Ils se disputaient tes fruits et tes feuilles Et jusqu'à tes nids ! Ils ont fait de toi pendant vingt saisons Un arbre d'hiver et de quel hiver! Le sol est jonché de tes frondaisons. Ton écorce pend en lanières blêmes Poisseuses partout de la même sève ! Mais maintenant, veuille revivre et libre ! Mais maintenant oh ! veuille te garder! Ton faîte est brisé mais le tronc est fort, Mais l'espoir est fort, mais la terre est riche. Et vois tes bourreaux : leur oeuvre n'a pu Que précipiter leur décrépitude ! Arbre écartelé par leurs convoitises. Tes bras déchirés, tes bras ennemis Fais-les se nouer, se croiser, s'étreindre, Se quitter, se tordre et se prendre encore De telle façon que tu ne sois plus Un déploiement de forces divergentes. Mais un seul destin, un amour, un arbre !
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