Poème
Médieuse
par Paul ÉLUARD
La rosée la pluie la vague la barque La reine servante Médieuse La perle la terre Perle refusée terre consentante Le départ entre deux feux Le voyage sans chemins D’un oui à un autre oui Le retour entre les mains De la plus fine des reines Que même le froid mûrit.
Commentaires (2)
C'est un poème qui célèbre l'eau, "médieuse", c'est-à-dire médiatrice entre terre et ciel, par exemple... Elle est "rosée" qui "perle" (le nom et le verbe), puis "pluie" qui tombe, et "vague" qui emporte la barque : toutes les directions, verticale dans les deux sens, puis horizontale pour le voyage et l'échange (la barque"). Elle échappe aux hiérarchies conciliant les apparents contraires, le plus haut pouvoir et le service : "reine servante". La perle reste dans l'eau, mais la terre accueille l'eau qui la désaltère et la féconde, "consentante" ; plus loin, "d'un oui à un autre oui", accord cosmique ? Le "départ" départage deux feux, celui du ciel, l'orage et l'éclair, celui de la terre (le cratère et la lave des volcans). Pas de "chemins" : cela se passe dans l'atmosphère et le ciel, sens premier du mot météore. L'eau "de retour entre les mains" humaines, mais qu'on n'y peut retenir : car c'est "la plus fine" et la plus fuyante des matières visibles. Et cependant elle a encore une autre vertu, celle de ne pas se perdre même par le gel, puisque elle produit, en "mûrissant" paradoxalement grâce au gel, ce fruit qu'est un glaçon ! Comment dire plus de choses belles et justes, en 52 mots, dans un poème ?
Très bonne analyse
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