Poème
13 - L'Essor
La Légende ailée de Wieland le forgeron
On a dit qu'il se lissa des ailes Des fils de la rosée d'aurore, Des rayons filés de la lune; On a dit encore Qu'il y noua des plumes Ravies aux feux de l'orage Et des pennes de cygne qu'on trouve sur la plage; On dit qu'il s'envola un soir Dans le vent du nord, à l'automne, Et d'aucuns ont cru le voir Passer dans les nuages noirs. En avril, quand l'orage tonne; Je ne sais, Car le conte est ancien et subtil, Les feuillets sont fanés, Or il y a de tout cela passé mille, Mille longues années. Mille avrils. Mille automnes étonnés. Je pense que le mantelet clair De la fillette agile Étant tombé à terre, De la soie de son tissu fragile, Wieland à su lier des plumes amassées en son île; Il en arma ses bras puissants D'avoir brandi la masse Et s'éleva ainsi, corps débile et meurtri, Sur le grand vent qui passe... Ainsi s'envole la chanson Que je chante assis sur mon seuil ; Et telle aussi, cette belle feuille Quand reviendra la saison Des grappes mûres et des cueilles, Et que le grand vent d'ouest secouera la maison ; Ainsi ma pensée qui s'élève Sur la plaine, si loin qu'on peut voir. Et porte avec elle mon rêve Au pays de son espoir. Wieland a surgi sur ses ailes. Comme un cygne essoré des grèves : Son idée l'a pris en elle. Vêtu de la forme de son rêve ; Car il n'est de repos pour une âme Que l'immense désir enivre : Ni l'épée qu'on brase à la flamme. Ni l'amour sacré de la femme, Ni l'Art que la gloire acclame, N'étanchent la soif de vivre. Plus loin, Wieland, plus avant vers la vie, Plus haut que la Mort, plus profond que l'Amour! Tu es le désir inassouvi. Le soupir des nuits et le cri des jours ; Il n'est pas d'âme qui ne t'ait suivi Quand les cygnes passent et les nuages courent. Tu ne mourras pas, car les ailes qui te portent S'enflent du tourbillon de nos rêves ; Le souffle des âmes frêles et fortes Se mêle vers toi dans le vent des grèves ; Car il n'est pas de fin pour le désir des hommes, Nul zénith si haut que notre idée n'atteigne, Wieland, et ton rêve est ce que nous sommes : Une force sans but que d'être mieux soi-même. O cygne! immortel blessé qui chantes et saignes, Essore-toi, désir, sur l'aile des poèmes!
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