Poème
02 - Wieland
La Légende ailée de Wieland le forgeron
Il y eut trois fils de Finland : Slafide et Égile et Wieland. Ils vinrent de l'Est dans un vent de neige, Jusqu'au Val-du-Loup, s'y bâtir des demeures, Près d'une eau propice à la trempe du fer, A l'orée des bois noirs qui roulent vers la mer. L'un, Slafide, Tendait des lacets aux bêtes, Bon chasseur et vaillant et agile, A la marche muette ; L'autre, archer aux flèches mortelles, Égile, Tournait en risées toutes choses ignorées Et son rire se mêlait à ses flèches, l'une d'elles, Quand son arc détendu vibrait sous la forêt. Toute vie a sa peine autour d'elle. Comme un manteau de laine Que la pluie alourdit, Que le soleil allège ; Toute vie a sa peine, Comme un manteau ourdi. Or l'âme de Wieland était belle, Et son manteau de peine est léger autour d'elle, Un beau manteau de rêve ; Et s'il forgeait des glaives C'est que sa jeune ardeur était vive, Comme le feu de sa forge sous le soufflet de cuir, Et c'est que la force captive Et son blanc bras de fille Balançait le marteau comme un fuseau de lin ; S'il forgeait le fer et s'il le trempait, C'est que la jeune ardeur de son âme était franche Et l'orgeuil de sa force et de sa beauté blanche Et sa volonté droite était comme une épée : "Épée! O rayon brusque perçant la nue, Voie droite et claire, Éclair nu ! Rigidité surgie des pins en troupe ; Ligne couchée de l'horizon des mers Barré du sillage incliné vers lui des barques ; Stature dressée de l'homme de poupe ; Geste martial des proues de fer! Ligne, Ligne lumineuse Que trace le vol des cygnes, Ou qui prolonge le geste qui devance Et montre le chemin qu'il fraie! Signe de lucide volonté, D'action insigne, Impatience! Épée!..." Ainsi, obscure ou vive, L'idée l'étreint Et fait sa jeunesse ivre Du rêve de son lendemain, Ivre du travail de ses mains ; Car elles arment le geste Façonneur du destin. Wieland est grave de son rêve étrange ; Son âme s'en grisa dès le berceau d'enfance : Telles ces fièvres sans nom allumés dans le sang, Nées d'un crépuscule d'automne, Quand le ciel était rouge au-dessus de l'enfant Et que porte vers la mort le sang de l'homme ; Fièvre qui s'attise et s'éteint dans les veines, Au gré d'une loi mystérieuse de gloire, Qui domine les sorts et les mène A la défaite, A la victoire! Et qui dans l'enfant grave façonne le poète.
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