Poème
Les Corbeaux
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Eaux-Fortes Funéraires
J'ai cru voir sur mon cœur un essaim de corbeaux En pleine lande intime avec des vols funèbres, De grands corbeaux venus de montagnes célèbres Et qui passaient au clair de lune et de flambeaux. Lugubrement, comme en cercle sur des tombeaux Et flairant un régal de carcasses de zèbres, Ils planaient au frisson glacé de nos ténèbres, Agitant à leurs becs une chair en lambeaux. Or, cette proie échue à ces démons des nuits N'était autre que ma Vie en loque, aux ennuis Vastes qui tournant sur elle ainsi toujours Déchirant à larges coups de bec, sans quartier, Mon âme, une charogne éparse au champ des jours, Que ces vieux corbeaux dévoreront en entier.
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Pigeon-corbeau -------------- Ce pigeon délirant se prend pour un corbeau, Il en a pris l’allure et le rire funèbre ; Il vole un camembert, comme un héros célèbre Dont il dit qu’il voudrait reprendre le flambeau. Aucun renard, pourtant, ne vient près des tombeaux Où voulut s’établir notre drôle de zèbre ; Le porteur de fromage est seul dans les ténèbres, À surveiller sa proie dont il mange un lambeau. Or, véritablement, ce pigeon nous instruit : Rien n’est jamais certain, pas même les ennuis, Le destin ne joue pas deux fois la même farce. Du camembert bien mûr il reprend un quartier, Dépourvu d’adversaire et privé de comparse ; Et puis il finit par le manger tout entier.
Ambirapace de pourpre et d’or ------------------------------- Il voudrait devenir un noir ambicorbeau ; Car il aime surtout les contextes funèbres ; Puis, il dévorerait des personnes célèbres Qui de l’humanité ont porté le flambeau. Or, moi, quand je le vois planer près des tombeaux, Je dis : «Ce prédateur est un drôle de zèbre, Un cousin du hibou volant dans les ténèbres, De mon propre cadavre, il ferait des lambeaux.» Ses augustes parents l’ont vainement instruit ; Mais d’un tel descendant, ils n’ont que des ennuis, Le destin, semble-t-il, leur a fait une farce. De l’ambicamembert, s’il voulait un quartier, Rien ne lui donnerait l’ambirenarde, garce Qui, sans tergiverser, le mange tout entier.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2017/11/10/pigeon-corbeau/
Roi fantasque ------- Le roi lance un cri de corbeau, Ça vient de son côté funèbre ; Sa folie l’a rendu célèbre, C"est son blason, c’est son flambeau. Il fleurit son propre tombeau, Cet âne, ce drôle de zèbre, Son intellect n’est que ténèbres, S a comprenette est en lambeaux. Ce roi jamais ne fut instruit, Car les leçons glissent sur lui Qui les prend pour de bonnes farces. Son père vint des bas quartiers Et sa mère fut une, garce, Sa vie est un mauvais sentier.
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