Poème
Banquet macabre
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Eaux-Fortes Funéraires
À la santé du rire ! Et j'élève ma coupe, Et je bois follement comme un rapin joyeux. Ô le rire ! Ha ! ha ! ha ! qui met la flamme aux yeux, Ce vaisseau d'or qui glisse avec l'amour en poupe ! Vogue pour la gaieté de Riquet-à-la-Houppe ! En bons bossus joufflus gouaillons pour le mieux. Que les bruits du cristal éveillent nos aïeux Du grand sommeil de pierre où s'entasse leur groupe. Ils nous viennent, claquant leurs vieux os : les voilà ! Qu'on les assoie en ronde au souper de gala. À la santé du rire et des pères squelettes ! Versez le vin funèbre aux verres par longs flots, Et buvons à la Mort dans leurs crânes, poètes, Pour étouffer en nous la rage des sanglots !
Commentaires (1)
Nef sans coque ---------- D’invisibles marins vident plus d’une coupe, D’avoir un tel vaisseau, cela les rend joyeux ; La voile seulement se présente à nos yeux, Qui semble, en cet instant, prendre le vent en poupe. L’équipage est nourri d’imperceptible soupe, Avec des produits bio, ce qu’on trouve de mieux; De ce même potage ont mangé leurs aïeux, Qui, tout comme eux, formaient d’inséparables groupes. Sous le soleil de mai qu’un nuage voila, Ils ne porteront point leurs habits de gala ; Car ils sont, tout le jour, nus comme des squelettes. Autour d’eux, l’Océan fait miroiter ses flots, Un vent souffle du Nord, qui les change en poètes ; Bonne route à vous tous, merveilleux matelots !
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