Poème
L'École du soir
par Raymond RADIGUET
Aurore, à nul des cœurs qui saignent, Ne vas recommander l’école Où buissonnière on nous enseigne La douleur plutôt que les jeux. Un jour, en mousse se déguise L’espiègle Vénus, et son col Marin fait le ciel orageux ; Demain en maîtresse d’école, Mais marine, non buissonnière. Ses leçons sont plus à ma guise, Ignorante, elle qui serait De ses élèves la dernière ! Vénus charmant les tableaux noirs : Figure tracée à la craie, Enfin Vénus s’effacerait, Ligne à ligne, de nos mémoires.
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Apprenants -------------- Merci à Radiguet qui daigne Leçon nous faire sur l'école, Sur les sujets qu'on y enseigne Et comment on y batifole. La plus dure, école marine, Est cependant la plus joyeuse ; Car la maîtresse est une ondine Dont la chevelure est soyeuse. Prendre des leçons d'Aphrodite Est le moyen de bien apprendre ; On en accepte les redites Sans être sûr de tout comprendre. Dans le miroir de pierre noire, L'élève inspecte sa tenue Pour ne faire honte à la mémoire De la belle enseignante nue.
Ambicoq de sinople ------------------------ Au poulailler du comte, il est maître d’école ; Il instruit dans la Loi les poussins innocents, Il leur apprend aussi à compter jusqu’à cent Et à ne point nourrir une espérance folle. Il leur dit le danger de l’épervier qui vole, Aussi, que le goupil est un danger constant, Que l’hirondelle au ciel ne fait pas le printemps, Que sans doute leur vie est un songe frivole. Leur père les instruit, le comte les nourrit, Dès le lever du jour, leur mère leur sourit, Tel est l’heureux destin de la troupe emplumée. Ils posent des questions quand ils ont mal compris, Car d’un noble savoir les poussins sont épris : Leur coeur est en ce monde une lampe allumée.
L'insolente Dans un lycée privé, contre le protocole, Deux élèves s’adonnent à un jeu innocent ; Le directeur surprend Barbara et Vincent, S’échangeant un baiser avec une ardeur folle. Aussitôt il les stoppe et les punitions volent : Des copies de la règle, ils en feront deux-cent, Ils ne partirons pas en voyage à Ouessant Avec leurs collègues car ils seront en colle. Devant ce châtiment, qui lui semble pourri, La lycéenne, pourtant, à l’aumônier sourit ; À la provocation elle est accoutumée. Le curé excédé crie que par Jésus Christ, Elle paiera très cher ce geste de mépris, Mais elle sait qu’au ciel il n’y pas d’armée.
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