Poème
Larme
par Arthur RIMBAUD
Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises, Je buvais, accroupi dans quelque bruyère Entourée de tendres bois de noisetiers, Par un brouillard d'après-midi tiède et vert. Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise, Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert. Que tirais-je à la gourde de colocase ? Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer. Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge. Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir. Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches, Des colonnades sous la nuit bleue, des gares. L'eau des bois se perdait sur des sables vierges, Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares... Or ! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages, Dire que je n'ai pas eu souci de boire !
Commentaires (3)
Comment pouvons nous savoir les dates des poèmes???
Prendre le nom du recueil (ici : « Derniers vers ») et voir avec ce nom dans Wikisource http://fr.wikisource.org/wiki/Derniers_vers_%28Rimbaud%29 puis suivre le lien http://fr.wikisource.org/wiki/Larme et ça donne « Mai 1872 ».
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