Poème
Bannières de mai
par Arthur RIMBAUD
Aux branches claires des tilleuls Meurt un maladif hallali. Mais des chansons spirituelles Voltigent parmi les groseilles. Que notre sang rie en nos veines, Voici s'enchevêtrer les vignes. Le ciel est joli comme un ange. L'azur et l'onde communient. Je sors. Si un rayon me blesse Je succomberai sur la mousse. Qu'on patiente et qu'on s'ennuie C'est trop simple. Fi de mes peines. je veux que l'été dramatique Me lie à son char de fortunes Que par toi beaucoup, ô Nature, - Ah moins seul et moins nul ! - je meure. Au lieu que les Bergers, c'est drôle, Meurent à peu près par le monde. Je veux bien que les saisons m'usent. A toi, Nature, je me rends ; Et ma faim et toute ma soif. Et, s'il te plaît, nourris, abreuve. Rien de rien ne m'illusionne ; C'est rire aux parents, qu'au soleil, Mais moi je ne veux rire à rien ; Et libre soit cette infortune.
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Le centaure et le prince ------------------------ Un centaure arpente la friche, En vain recherchant la fraîcheur ; Survient un prince, un doux seigneur, Assez noble, mais pas très riche. -- Centaure, allons jusqu'à la ville, Faisons-nous servir au comptoir De ce bon vin qu'on boit le soir, Loin de la multitude vile. -- Prince, autrefois vivait mon père Qui me donna cette leçon : « Laisse les puissants où ils sont, Les seigneurs ne sont pas nos frères. »
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