Poème
L'Ange
par Raymond RADIGUET
Au front de bon élève, l’ange Lauré de fleurs surnaturelles. Pour ne pas manquer ses calculs, Appliqué, il tire la langue, Tentant de suivre à cloche-pied, Au verger des quatre saisons, Le pointillé de leurs frontières. La neige, est-ce bon à manger ? L’ange pillard en a tant mis Dans sa poche, à jamais il reste Parmi nous les forçats terrestres Que cette boule rive au sol, Faite en neige qu’on croit légère. Sans cesse empêché dans son vol, Comme nous dans notre délire, Cet ange enchaîné bat des ailes, De ses amis implorant l’aide ; Aussitôt qu’il s’élève un peu, Retombe dans les marronniers, Où la gomme de leurs bourgeons S’accrochant à ses cheveux d’ange L’empêche à jamais de nier. Croyez-vous que ce soit pour rien, Qu’au poirier le pépiniériste Laisse blettir ses belles poires ? C’est qu’on reconnaît le voleur, À la molle empreinte du doigt. Mais Dieu examine les mains Des anges voleurs de framboises, Des assassins, chaque dimanche, Et dans les mains les plus sanglantes, Met des livres dorés sur tranches. Dites ce que sont vos prisons, Demande l’ange par trop niais, Aux deux gendarmes l’emmenant Avec pièce à conviction, Dans le char des quatre saisons.
Commentaires (2)
Ange gris -------- Je survole une immense grève, Tel un oiseau désemparé ; J’ai des projets mal préparés, Je me déplace comme en rêve. Je tombe, et puis je me relève, Mes gestes sont immodérés ; Mes mots sont inconsidérés, Toujours je fus mauvais élève. Tout me fait perdre mon latin, Je titube dès le matin ; J’affronte des démons étranges. Que ne suis-je un merle moqueur ? Bien plus léger serait mon coeur ; Mais je n’y peux rien, je suis ange.
Un ange est un merle, ou presque.
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