Poème
L'amour
On peut, dans un amour, garder la foi profonde, La volupté du soir et la fraîcheur du jour : Mais ce n’est qu’au début magique de l’amour Qu’on est réellement tous les deux seuls au monde. On peut garder l’étoile et l’oiseau qui prélude Et le jardin qui tremble au bruit vert du râteau : Mais la miraculeuse et double solitude, Hélas, le temps jaloux nous la reprend bientôt. Et, bientôt, sur la route adorable et profonde, Où l’on allait vraiment tous les deux seuls au monde, On s’arrête… on entend d’autres pas… d’autres voix… Et c’est, remplissant l’air d’un écho qui déchire Et murmurant des mots qu’aucun mot ne peut dire, Le couple des amants que l’on fut autrefois !
Commentaires (7)
Les amoureux marchent pieds nus Au printemps dans une herbe tendre, Entourés de sons inconnus Qu'ils ont seuls à pouvoir entendre. Avant que le soir fût venu Ils ont trouvé de quoi s'étendre; Les gestes longtemps retenus Sont accomplis sans plus attendre. Au lointain dorment les villages, Nul paysan au pâturage, Nul promeneur sur le chemin. A l'horizon dort la montagne. Dorment compagnon et compagne Ici, sans penser à demain.
Le correcteur de grammaire a apprécié votre poèmes, mais il trouve à pinailler : - "Qu'ils SONT seuls" - "Avant que le soir SOIT venu" :)
Le correcteur d'orthographe a apprécié votre remarque, cependant : - "votre poème" sans s ;)
Je ressens ce subtil poême de Rosemonde Gérard; c'est une vraie réussite.
L'amour est surtout vrai aux jours qu'il s'improvise. Et si, au fil des ans, il garde sa valeur, L'ennui du quotidien en ternit la couleur : Mais, sur ce que j'en dis, les avis se divisent. Nous devons affronter, que veux-tu que je dise, Notre amour tel qu'il est, ses ronces et ses fleurs. S'il est une leçon au refrain du malheur, On peut lui préférer l'impromptue friandise. Sous l'atome, un noyau formé de particules... En les analysant, le physicien recule Les strates du réel, je ne sais pas jusqu'où. L'analyse a du sens, et je la crois utile, Mais avant de trancher cette question subtile, Je prends le temps de vivre, et de boire un bon coup.
Le bouc avec la cavale aquatique ---------------------------------------- La jument de la mer vit dans les eaux profondes ; Mais elle en sort, parfois, dans la clarté du jour. Avec le joli bouc, elle vit un amour Qui leur fait partager les joies de leurs deux mondes. Au temple, s’abritant de l’orage qui gronde, Les attend le dragon, grand seigneur en sa Cour ; Il leur offre un asile en sa plus haute tour, Un abri fort douillet, dans la muraille ronde. Ainsi, s’appropriant ce refuge admirable, Dans l’échange amoureux de propos adorables, Le bouc et la jument bavardent à mi-voix. Laissons-les partager leur aimable délire, Ce qu’ils sont devenus, je ne puis vous le dire, C’est si loin, c’est si loin, ces contes d’autrefois !
Bouc ermite ---------- Il se tient solitaire, en une paix profonde, Méditant vaguement dans la clarté du jour ; Et parfois même il songe à d’anciennes amours, Du temps qu’il savourait les plaisirs de ce monde. Sa mémoire fidèle en souvenirs abonde Et ne fait que le suivre au chemin sans retour ; Ainsi que le guetteur sur la plus haute tour, Il scrute l’univers, il écoute à la ronde. Jadis, il fréquentait une chèvre admirable Qui voulut lui donner des enfants adorables ; Puis il s’éloigna d’elle, on ne sait pas pourquoi. L’anachorète-bouc n’est pas un triste sire, Aristote et Platon s’accordent pour le dire ; Car ils l’ont bien connu, ces penseurs d’autrefois.
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