Poème
La ronce et le serpent
par Maurice ROLLINAT
Foisonnantes, couvant des venins séculaires Dans ce marécageux semis d'herbe et de rocs, Les ronces, par fouillis épais comme des blocs, Embusquaient sourdement leurs dards triangulaires. Ah certe ! Elles guettaient si bien l'occasion Du Mal, si scélérate épiait leur adresse, Que l'accrochant éclair de leurs griffes traîtresses Fut plus subtil encor que ma précaution. J'enrageais ! Quand mon pied heurte un serpent... la bête Aurait pu se venger ? elle écarta la tête, Et s'enfuit d'un train plus rampant. Allons ! que ton humeur à présent se défronce, Me dis-je ! - Et, j'oubliai pour un si doux serpent La méchanceté de la ronce.
Commentaires (3)
Un serpent n'est jamais brutal comme une ronce, Des blonds cheveux d'un prince il vient à s'émouvoir ; Et s'il le fait mourir, dans un désert, le soir, C'est pour tuer le deuil où son âme s'enfonce.
Amphisbène édénique --------- L’amphisbène au printemps, joyau de la nature, Se prélasse dans l’arbre et chante sous les cieux, Célébrant la grandeur et la gloire de Dieu, Et puis il se repose au sein de la verdure. Son corps est bariolé comme une enluminure, C’est un vivant trésor, un plaisir pour les yeux ; Il se sait le Phénix des hôtes de ces lieux, Et du fruit de cet arbre il fait sa nourriture. La Dame du Jardin le salue en passant, Il prend, à l’observer, un plaisir innocent. Il ne sait d’ailleurs pas s’il est jaloux de l’Homme. Si la femme voulait partager son repas, Elle pourrait aimer la saveur de la pomme ; Qu’importe si ce fruit procure le trépas ?
Noblesse d"un serpent ------------- Qui donc croira que l’homme est roi de la nature ? Il ne domine pas la terre ni les cieux ; Il prétend qu’on l’a fait à l’image de Dieu, Je dis, foi de serpent, que c’est une imposture. Il cultive la prose et les enluminures, Ce n’est, le plus souvent, que de la poudre aux yeux ; Il se croit le Seigneur des vivants de ces lieux, De ses sujets parfois faisant sa nourriture. Primate, calme-toi, car tu n’es qu’un passant, Sans mes explications tu serais innocent, C’est de moi que provient la noblesse de l’homme. Savoureuse devient la fin de ton repas Car tu peux désormais mordre dans une pomme, Ce fruit que, semble-t-il, tu ne connaissais pas.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.