Poème
La Rivière de Cassis
par Arthur RIMBAUD
La Rivière de Cassis roule ignorée En des vaux étranges : La voix de cent corbeaux l'accompagne, vraie Et bonne voix d'anges : Avec les grands mouvements des sapinaies Quand plusieurs vents plongent. Tout roule avec des mystères révoltants De campagnes d'anciens temps ; De donjons visités, de parcs importants : C'est en ces bords qu'on entend Les passions mortes des chevaliers errants : Mais que salubre est le vent ! Que le piéton regarde à ces claires-voies : Il ira plus courageux. Soldats des forêts que le Seigneur envoie, Chers corbeaux délicieux ! Faites fuir d'ici le paysan matois Qui trinqué d'un moignon vieux.
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Faune aquatique ---------------- Rivière de sinople aux salamandres d'or, Que le monde est étrange ! Un gros oiseau de sable avec une voix d'ange : Mais d'ange de la mort. Mille chevaliers francs aux éperons d'argent Sur des chevaux d'hermine ; Celui qui les commande a soucieuse mine, C'est le seigneur Roland. De gueules le museau d'un troll de ces parages, Qui boit du vin nouveau ; On croit entendre au loin les cris d'un jeune veau Errant au pâturage.
Nef étroite ---------- Navire allant sous un ciel d'or, Mais son parcours me semble étrange ; Les marins ne sont pas ni des anges, Ni des truands retors. La nef sous le soleil d'argent, Vive comme une hermine, Bateau ne payant pas de mine, Porteur de braves gens ; Je ne sais pas vers quels parages Va ce vaisseau d'un goût nouveau ; Je sais qu'il n'a point de rivaux Le long de son passage.
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