Poème
La Madone aux Lys
par Renée VIVIEN
J’ai bu, tel un poison, vos souffles éplorés, Vos sanglots de parfums, lys fauves, lys tigrés ! Dédiez au matin votre rose sourire, Lys du Japon, éclos aux pays de porphyre. Ténèbres, répandez vos torpeurs d’opiums, Vos sommeils de tombeaux sur les chastes arums. Lys purs qui fleurissez les mystiques images, Sanctifiez les pelouses et feuillages. Lys de Jérusalem, lys noirs où la nuit dort, Exhalez froidement vos souvenirs de mort. Vastes lys des autels où l’orgue tonne et prie, Brûlez dans la clarté des cierges de Marie. Sollicitez l’avril, ses pipeaux et ses voix, O muguets, lys de la vallée et des grands bois. O lys d’eau, nymphéas des amantes maudites, Anémones, lys roux des champs israélites, Soyez la floraison des douleurs de jadis Pour la vierge aux yeux faux que j’appelai mon Lys.
Commentaires (2)
D'un cauchemar éploré Tremble un pelgrane tigré ; Auprès de lui, mort de rire, Un pelgrane de porphyre ; Un pelgrane ivre d'opium Dort au fond de l'aquarium ; Un pelgrane un peu plus sage S'alimente de feuillage ; Un pelgrane noir s'endort Sur un tas de poissons morts ; Un pelgrane chrétien prie La douce vierge Marie ; Un pelgrane à forte voix Fait retentir les grands bois ; Un pelgrane sybarite Est maudit par Aphrodite. (J'avais cru voir des pelgranes, Mais ce ne sont que des ânes).
Sagesse du lys --------------- Du lys la blanche âme s’élève, Âme qui surmonte la peur. Ce lys, dit-on, n’a pas de coeur, Car il existe dans un rêve. Il sait que sa vie sera brève, N’a cure des reflets trompeurs ; Car il sera le lys vainqueur Défilant au long de la grève. Or, ses fleurs tombent une à une Sur le reflet du firmament, Et tombent éternellement ; Leur songe étant fils du soleil Jamais ne trouve son éveil Dans l’eau du rêve ou dans la lune.
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