Poème
A la perverse Ophélie
par Renée VIVIEN
Les évocations de ma froide folie Raniment les reflets sur le marais stagnant Où flotte ton regard, ô perverse Ophélie ! C’est là que mes désirs te retrouvent, ceignant D’iris bleus ton silence et ta mélancolie, c’est là que les échos raillent en s’éloignant. L’eau morte a, dans la nuit, les langueurs des lagunes, Et voici, dispensant l’agonie et l’amour, L’automne aux cheveux roux mêlés de feuilles brunes. L’ombre suit lentement le lent départ du jour. Comme un ressouvenir d’antiques infortunes, Le vent râle, et la nuit prépare son retour. Je sonde le néant de ma froide folie. T’ai-je noyée hier dans le marais stagnant Où flotte ton regard, ô perverse Ophélie ? Ai-je erré, vers le soir, douloureuse, et ceignant D’iris bleus ton silence et ta mélancolie, Tandis que les échos raillent en s’éloignant ? L’eau calme a-t-elle encor les lueurs des lagunes, Et vois-tu s’incliner sut ton défunt amour L’automne aux cheveux roux mêlés de feuilles brunes ? Ai-je pleuré ta mort dans l’énigme du jour Qui disparaît, chargé d’espoirs et d’infortunes ?... -- O rythme sans réveil, ô rire sans retour !
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Fin d’Ophélie -------------- Muse à la voix blême, Chante tes adieux Dans les chrysanthèmes. Chante pour les dieux Du ciel d’amarante, Mais pas pour mes yeux. La nuit transparente Transforme un tombeau En chair fulgurante ; Les astres sont beaux, La lune est humaine Autant qu’un corbeau. Ton coeur se promène Vers les eaux, là-bas, Toute une semaine ; Et je n’y vais pas. Muse de romance Cueille le jasmin Dans le parc immense, Au bord du chemin, Au coeur des prairies, Parfume tes mains De ces fleurs meurtries ; Tu n’as pas sommeil, Chante l’insomnie, Attends le soleil : Sainte-Catherine Te l’offre vermeil, Ô muse chagrine.
Dieu des tourbières --------------------- Ce dieu obscur et lourd fut l'amant d'Ophélie ; La couronnant de fleurs et d'algues la ceignant, Il avait su parler à sa mélancolie, Mais ne dit plus un mot, ce jour, en s'éloignant. Ophélie, s'immergeant, rêvera de lagunes, Et de meurtre et d'angoisse, et de mort, et d'amour, Sur l'eau de ce ruisseau flottent les feuilles brunes, Pas un nuage au ciel, ce jour est un bon jour. Un astre au firmament ne sait pas s'il est beau, La lune n'entend rien des paroles humaines ; Pour te dire un adieu, tu n'auras qu'un corbeau Qui,sans penser à rien, dans les cieux se promène.
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