Poème
La grange
par Charles VILDRAC
A Georges Chennevière Quand tu étais étendu sur le dos, Dans l'immense grange, Au pied des piliers à peine équarris Comme sous des arbres. A la lueur des falots tu voyais Jaillir jusqu'au faîte Le branchage beau et plein de raison Des vieilles charpentes. Les deux pans du toit s'unissaient là-haut Dans l'ombre profonde, Où les araignées depuis cent années Pendaient leurs doux voiles. Tu n'avais rien vu durant de longs jours Qui ne te fis honte ; Rien que des besognes de ravageurs Et des sacrilèges. D'où tu revenais, rien ne subsistait Des foyers que l'homme Avec tout son art et d'infinis soins, Élevait pour l'homme. Mais tu retrouvais ici la maison. Belle comme un hymne ! Et le vieil amour incliné sur toi De ses grandes ailes ; Ainsi que les voix qui montent vers Dieu Vont peupler l'abside, Tes yeux habitaient tout l'espace enclos Dans son corps paisible. C'était la Maison, le dernier témoin Et le seul emblème Pour louer encore l'oeuvre de nos mains, Nos mains criminelles. Ton coeur exilé savait prier là Les meilleurs génies : Celui qui construit, celui qui laboure Et celui qui chante. Hélas! Harnaché, tu partais un soir, Docile et stupide, Tu redevenais un lâche héros Terré dans sa tombe. Et quand, de retour au même repos Tu cherchais la grange, Tu ne voyais plus qu'un amas noirci De bois et de pierres ; Plus que les tronçons fumants des piliers Debouts et tragiques, Vieux accusateurs brandis devant toi !
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