Poème
Hasards noirs des voyages
par Paul ÉLUARD
I Parfaitement éveillée et très belle A-t-elle le pain qu’il lui faut Elle n’a que sa beauté Cet éclat perché haut comme une étoile seule Pourtant la terre est là II Pour voir la terre il faut voir L’homme et ses enfants hors d’âge Nul n’a de nom ni d’empire III Ô ma muette désolée Le chasseur ivre prend ta place Contemplons le souverain maître Il s’engourdit L’acier prolongeait sa prunelle Pour lui maintenant le monde est couché IV Et sous les couvertures dures de la terre La vie est pleine comme un œuf D’un bouquet d’ombres colorées ombres formées et mûres Et de jolies yeux purs riant à des langues tirées V Ô ma sœur mon bel amant Je te garde le soleil Le bel espoir du soleil Je te réchaufferai Je te désaltérerai VI La clarté perce les murs La clarté perce tes yeux Tu vas voir et tu vivras VII Nos caresses d’or nos vagues lustrées Nos corps confondus le temps transparent Nous concevrons le bonheur Dans le plus grand des miroirs.
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Au labeur -------- Passez la charrue sur vos terres, Elles vous nourriront ; De terre d'or on a la bière, Le sol n'est point larron. Terre de sinople est l'empire Des bestiaux pâturant ; Puis les jardins où l'on respire Des parfums enivrants. De gueules terre est pour la vigne D'où l'on tire un nectar ; Le charpentier le jugea digne D'être son avatar. Terre de sable est aux légumes, C'est pour le pot-au-feu, Ou pour cultiver des agrumes Sous le soleil en feu. Terre d'argent est pour les vases Et pour les jolis plats ; Que l'on pétrit, que l'on écrase, On ne s'en lasse pas. Terre d'azur, pour mes poèmes, Et c'est le vaste ciel, Puis toutes les choses que j'aime Et dont je fais mon miel.
Cent mille nefs d'argent ------------------- Cent mille nefs d'argent lunaire Un jour s'envoleront ; On croira voir, dans leur lumière, L'âne de Gonfaron. Elles traverseront l'empire Des aériens courants ; Bénissant tout ce qui respire, D'un geste rassurant. Elles traceront un poème Au long du vaste ciel, Sur le plus important des thèmes : L'amour, c'est essentiel.
Fruits noirs ----------- Soleil d’une chaude journée, Soleil sur les arbres dormants ; Les fruits s’échauffent gentiment Ainsi qu’ils le font chaque année. Bien que la branche en soit ornée, Ce ne sont pas des ornements ; Ils vivent là, tout simplement, Leur existence assez bornée. Je les vois noircir sous mes yeux (Car j’aime tarder en ce lieu) ; À des blocs de charbon je songe. Est-ce un bonheur ? Est-ce un malheur ? Étaient-ils mieux en leur pâleur ? En perplexité je me plonge.
PROUT!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
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