Poème
Été
par Paul VALÉRY
À Francis Vielé-Griffin. Été, roche d’air pur, et toi, ardente ruche, Ô mer! Éparpillée en mille mouches sur Les touffes d’une chair fraîche comme une cruche, Et jusque dans la bouche où bourdonne l’azur; Et toi, maison brûlante, Espace, cher Espace Tranquille, où l’arbre fume et perd quelques oiseaux, Où crève infiniment la rumeur de la masse De la mer, de la marche et des troupes des eaux, Tonnes d’odeurs, grands ronds par les races heureuses Sur le golfe qui mange et qui monte au soleil, Nids purs, écluses d’herbe, ombres des vagues creuses, Bercez l’enfant ravie en un poreux sommeil! Dont les jambes (mais l’une est fraîche et se dénoue De la plus rose), les épaules, le sein dur, Le bras qui se mélange à l’écumeuse joue Brillent abandonnés autour du vase obscur Où filtrent les grands bruits pleins de bêtes puisées Dans les cages de feuille et les mailles de mer Par les moulins marins et les huttes rosées Du jour... Toute la peau dore les treilles d’air.
Commentaires (3)
Amphore lumineuse ------------------- Verte dans la lumière blanche, L’argile reflète l’azur ; Immobile sur le sol dur, C’est moi qui toute soif étanche. Jour de semaine ou bien dimanche, Tu boiras, adossé au mur ; Je contiens un liquide pur Qui de charmants rêves déclenche. Cette journée sera splendide, C’est une offrande du destin ; C’est de ton bonheur le matin. Ne me crains point, buveur candide, Car je t’offre une éternité ; Tu devras donc en profiter.
Amphore de Dupanloup --------- De ce vin l'évêque Tire sa virilité Puis sa bonne humeur.
Consécration -------- Un peu de cognac Pour le rouge cardinal, Il rougit encore.
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