Poème
Élégie
par Raymond RADIGUET
Araignée. À moins que l’espoir Du matin dure jusqu’au soir, La voilette en fils de la vierge Dérobera notre adultère. Ariane, faudrait-il taire Ta chance d’être parvenue À démêler tous ces mystères Où s’embrouillait même Vénus Y perdant pied, perdant haleine, Comme nous dans ses tendres pièges. Êtes-vous pelote de laine, Mon cœur, par la chatte agacé ? Vierge, voici le fil cassé. C’est bien de ta faute, Vénus, Puisque nos cœurs sont la pâture De tes tigres en miniature. Et la Parque pendant ce temps Tisse des bonnets de coton, Pour que les anges en pantoufles, Visitant les vivants qui souffrent Les coiffent telle une bougie De l’éteignoir. Fais-tu défaut, Coiffure de mon élégie, Sur les âmes eux-mêmes soufflent ; Mais les anges sont des ténors Se ménageant pour chanter haut Notre louange, dès la mort.
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