Poème
Violon d'adieu
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Les Pieds sur les Chenets
Vous jouiez Mendelssohn ce soir-là ; les flammèches Valsaient dans l’âtre clair, cependant qu’au salon Un abat-jour mêlait en ondulement long Ses rêves de lumière au châtain de nos mèches. Et tristes, comme un bruit frissonnant de fleurs sèches Éparses dans le vent vespéral du vallon, Les notes sanglotaient sur votre violon Et chaque coup d’archet trouait mon cœur de brèches. Or, devant qu’il se fût fait tard, je vous quittai, Mais jusqu’à l’aube errant, seul, morose, attristé, Contant ma jeune peine au lunaire mystère, Je sentais remonter comme d’amers parfums Ces musiques d’adieu qui scellaient sous la terre Et mon rêve d’amour et mes espoirs défunts.
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Nelligan de lune ------------------ Le coeur traversé de flammèches, Nelligan souffre en un salon ; Et d'une, il trouve le temps long, De deux, la bière n'est pas fraîche. Alors, il prend des pierres sèches Et quelques planches de bois blond ; Voici, volant mieux qu'un ballon, La nef qui bat l'ennui en brèche. Oui ! Nelligan s'est envolé Sur son bel engin bricolé : C'est épatant, c'est du tonnerre. Il n'a plus soif, il n'a plus faim ; Il goûte, meilleurs que le vin, Les merveilleux parfums lunaires.
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