Poème
Un temple dans l'ouïe
Lors s'éleva un arbre. O pure élévation ! O c'est Orphée qui chante ! O grand arbre en l'oreille ! Et tout se tut. Mais cependant ce tu lui-même fut commencement neuf, signe et métamorphose. De la claire forêt comme dissoute advinrent hors du gîte et du nid des bêtes de silence; et lors il s'avéra que c'était non la ruse et non la peur qui les rendaient si silencieuses, mais l'écoute. En leurs coeurs, rugir, hurler, bramer parut petit. Et là où n'existait qu'à peine une cabane, afin d'accueillir cette chose, un pauvre abri dû au désir le plus obscur, avec une entrée aux chambranles tout branlants, tu leur fis naître alors des temples dans l'ouïe.
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Arbre d’Orphée ---------- Un arbre s’éleva, d’un élan rigoureux, En entendant ta voix, Orphée, venant de Grèce ; Tes doigts sur l’instrument dansaient avec adresse Au rythme régulier de ton chant langoureux. Une biche attentive, aux grands yeux amoureux, Oublia le grand cerf dont elle fut maîtresse ; Les animaux du bois furent pleins d’allégresse En écoutant ce son qui les rendait heureux. Toi qui pourrais charmer le soleil, les planètes Et les démons du ciel, ces lanceurs de comètes, Tu es de l’univers le meilleur musicien. Comme elle songe à toi, l’Aphrodite marine Qui voudrait te serrer sur sa douce poitrine Et qui depuis longtemps te reconnaît pour sien !
Temple du serpent ----------- Est-il lui-même un dieu, l’animal doucereux Dont en un temple obscur la colonne se dresse ? Ainsi qu’un vrai prophète, il parle avec adresse, Il vante le bel arbre et son fruit savoureux. A-t-il connu Lilith, en fut-il amoureux, Ou bien s’amuse-t-il avec d’autres maîtresses ? Pour ce rusé trompeur, vainqueur sans allégresse, Un temple fut bâti par quelques malheureux. Peut-être il leur dira les lois de la planète, Les subtils changements qu’annoncent les comètes, Cet esprit malfaisant, ce serpent magicien. Dans l’Eden de Vénus mûrit la mandarine Pour tenter l’autre Dame, et cela nous chagrine ; Le reptile accomplit ce destin, c’est le sien.
Temple au fond de la friche ----------------------- Ici nulle trace d’allées, Jamais de jardinier ici ; J’aime que l’endroit soit ainsi, Comme une sauvage vallée. Une cabane bricolée Trône au fond de ce ramassis ; Et c’est un sanctuaire aussi, Pour la dryade inconsolée. Elle qui perdit sa beauté Et se morfond en chasteté, Cet abri précaire est son temple. Elle découvre les vertus D’une âme où le désir s’est tu ; D’Artémis elle suit l’exemple.
Temple pauvre --------------- Ici, rien de mirobolant, Pas de vitraux et pas d’icônes ; Pas de Créateur sur son trône, Pas d’encensoir aux fiers relents. Je vois un démon corpulent Qui n’a point la grâce d’un faune ; Il porte une soutane jaune Et longe les murs, à pas lents. Qui prend soin de cette chapelle ? Un gars qui fuit quand on l’appelle, Un boit-sans-soif, un scélérat. Sur l’autel, quatre fleurs fanées ; Les a jadis abandonnées Celle qui point ne reviendra.
Temple vermoulu -------- Ici le temps va s’écoulant, Lui qu peut ternir les icônes ; Le Seigneur vieillit sur son trône, Toujours plus rarement parlant. Je vois les démons pullulants, C’est une lamentable faune ; Cet endroit devient une zone Abritant d’assez mauvais plans. Un démon, je te le rappelle, N’est autre qu’un ange rebelle ; Dieu, peut-être, le sauvera. Ainsi passeront mille années, Au déclin toujours condamnées : Malgré ça, notre espoir vivra.
La religion Il m'a fallu des années, et c'est long Pour ôter de moi toute religion Ce que c'est quand même que les habitudes Et la trouille Peur de déplaire à sa famille, peur Déjà de supporter sa dernière heure Sans qu'aucun espoir d'un monde meilleur Ne gazouille Enfin, j'en suis sorti et c'est tant mieux Mais voilà que mon fils ouvre les yeux Ne demandant qu'à croire aux merveilleux évangiles Qu'il me pardonne de lui dégonfler Son Superman pour bande dessinée Faudra vivre sans lui, tant pis si c'est moins facile Des Jésus, depuis le début des temps Il y en eut plus d'un, heureusement À vouloir nous sortir de notre banc de galère À prêcher l'amour, à prêcher la foi Par des miracles, épater le bourgeois Et alors, je ne vois là rien d'extraordinaire Il guérissait les malades, et puis quoi Des guérisseurs, j'en connais deux ou trois Dont la mère n'était pourtant pas immaculée Ton Jésus, range-le chez les héros Admire-le sans chanter de credo Et des Églises, ne va pas croire aux contes de fées Et puis quand tu seras sorti de là Ne tombe pas de Charybde en Scylla Tu sais, tous les prêtres ne donnent pas le baptême Il y en a qui hurlent "Garde à vous" D'autres "Prolétaires, unissez-vous" Mais regarde-les de près, ce sont tous les mêmes Des gens qui veulent t'apprendre à penser Rien que par réflexe conditionné À marcher au pas en brandissant des emblèmes Méfie-toi des rouges, des blancs et des noirs Ne cotise pas chez les marchands d'espoir Vis ta vie tout seul, écris ton histoire Toi-même Jacques Debronckart ...et tellement vrai....