Poème
Sous un ciel ambigu
par Renée VIVIEN
Sous un ciel ambigu, l’olivier et l’acanthe Mêlent subtilement leurs frissons bleus et verts, Et dans l’ombre fleurit, comme un songe pervers, L’harmonieux baiser de l’amante à l’amante. Les cheveux aux bruns roux d’automne et d’amarante Et les pâles cheveux plus blonds que les hivers Confondent leurs reflets. Sur les yeux entr’ouverts Passe une joie aiguë ainsi qu’une épouvante. Le crépuscule rose a baigné l’horizon. Les désirs attardés craignent la trahison Et le rire sournois de l’aurore importune. Les doigts ont effeuillé les lotos du sommeil, Et la virginité farouche de la lune A préféré la mort au viol du soleil.
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Foin des résolutions ------------------------- C'est encore une année où nous suivrons nos pentes : Au jardin de paresse est le gazon plus vert, Et tout jeu plus joyeux s'il est un peu pervers ; Plus que digne moitié, l'âme se veut amante. Qui aime être sérieux, qu'il le dise et le chante ; Mais ce n'est pas cela qui nous chauffe en hiver, Cela ne pourra point enchanter l'univers ! Que notre fantaisie soit ici triomphante, Comme en hiver surgit l'inattendu soleil Au temps où tous le croient perdu dans le sommeil, Comme au coeur de la nuit rit l'insolente lune ; Que de roses lueurs brillent nos horizons, Que des sonnets nouveaux chantent la déraison Capable d'éloigner la sagesse importune !
Pétales de gueules ---------- Je suis ce presque rien qui fleurit sur les pentes, Petite tache rouge au sein d’un monde vert ; En ces lieux ne prospère aucun démon pervers, Mais un homme rêveur dont Lilith fut l’amante. J’ai de l’admiration pour les oiseaux qui chantent, Mon coeur regrette un peu leur absence en hiver ; Je tiens un petit rôle en ce vaste univers, Sévère est la nature, elle n’est pas méchante. Mon corps au long du jour se nourrit de soleil, Je bois de la rosée au sortir du sommeil ; Ces deux trésors pour moi sont comme une fortune. Mon regard de fleur voit plus loin que l’horizon, Mon délire est savant plus que votre raison ; Je compose des vers aux soirs de pleine lune.
Procès en Eden ---------- -- Parle, serpent qui as notre bonheur éteint, Que t’avait-il donc fait, notre Maître suprême ? -- Je ne peux pas l’aimer, c’est un autre moi-même, Il a gâché mes soirs et noirci mes matins. Je ne désirais point vous voir en ce jardin, Chacun de vos regards m’inspirait un blasphème ; Je devais à tout prix résoudre ce problème, Lassé de votre rire et de votre dédain. -- Serpent, ton coeur est dur et ton âme est trop fière, Toi qui par ton méfait nous prives de lumière, Ne pouvais-tu sur nous un peu t’apitoyer ? -- Je n’ai pas de pitié pour des primates sombres, Vous qui serez auteurs de désastres sans nombre. Vous salissiez ce lieu, j’ai dû le nettoyer.
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