Poème
Soleil couchant (L'astre calme)
par Jules LAFORGUE
L'astre calme descend vers l'horizon en feu. Aux vieux monts du Soudan qui, dans le crépuscule Et le poudroiement d'or, s'estompent peu à peu, - Amas de blocs géants où le fauve circule - Là-haut, sur un talus voûtant un gouffre noir, De ses pas veloutés foulant à peine l'herbe, Secouant sa crinière à la fraîcheur du soir, Lentement, un lion vient se camper, superbe! De sa queue au poil roux il se fouette les flancs; Sous les taons, par moments, son pelage frissonne; Ses naseaux dans l'air frais soufflant deux jets brûlants. Fier, solitaire, alors, songeant à sa lionne, Dans sa cage à Paris exposée aux badauds Et qu'un bourgeois taquine avec son parapluie, Il bâille et jette aux monts roulant leurs longs échos Son vaste miaulement de vieux roi qui s'ennuie!
Commentaires (2)
beau
mercis
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