Poème
Ce qu'aime le gros Fritz
par Jules LAFORGUE
Oui, j'aime à promener ma belle âme allemande À travers l'Esthétique et les brouillards d’Hegel; Un nuage en Bouteille est tout ce que demande L'âme éprise de vague et d'immatériel. La nuit, quand s’ouvre en moi la fleur des rêveries, De ma blonde Gretchen, oh! j'aime bien encor À contempler les yeux de pervenches fleuries, Oh! j’aime à caresser les belles tresses d'or. J’aime à charmer aussi mon ouïe allemande Quand l’orgue de Cologne, aux gothiques accents, Eveille dans mon cœur quelque vieille légende Où passent des Willis dans des rayons flottants. Mais surtout, au tic-tac des pendules de France, Le soir, j'aime, repu de choucroute au gratin, Voir, en fumant ma pipe à fourneau de faïence, Mousser la bière ambrée aux bords des brocs d'étain.
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