Poème
Soleil couchant
Notre-Dame Que c'est beau ! Victor HUGO En passant sur le pont de la Tournelle, un soir, Je me suis arrêté quelques instants pour voir Le soleil se coucher derrière Notre-Dame. Un nuage splendide à l'horizon de flamme, Tel qu'un oiseau géant qui va prendre l'essor, D'un bout du ciel à l'autre ouvrait ses ailes d'or, - Et c'était des clartés à baisser la paupière. Les tours au front orné de dentelles de pierre, Le drapeau que le vent fouette, les minarets Qui s'élèvent pareils aux sapins des forêts, Les pignons tailladés que surmontent des anges Aux corps roides et longs, aux figures étranges, D'un fond clair ressortaient en noir ; l'Archevêché, Comme au pied de sa mère un jeune enfant couché, Se dessinait au pied de l'église, dont l'ombre S'allongeait à l'entour mystérieuse et sombre. - Plus loin, un rayon rouge allumait les carreaux D'une maison du quai ; - l'air était doux ; les eaux Se plaignaient contre l'arche à doux bruit, et la vague De la vieille cité berçait l'image vague ; Et moi, je regardais toujours, ne songeant pas Que la nuit étoilée arrivait à grands pas.
Commentaires (3)
Le soleil, sur sa fin, ne peut qu’être fugace, Sa lumière pâlit, rougit et s’obscurcit. Sous le ciel qui déjà se rapproche et noircit, Il écoute, rêveur, le bruit du temps qui passe. La grêle abat les fleurs et la brise les chasse, Et, de notre existence, il doit en être ainsi : Les mots, sous le clavier, deviennent indécis Et forment d’autres mots sous les doigts qui se glacent. Quel être que le nôtre, illusion du néant, Et faible d’autant plus qu’il se pense géant; Ne soyons point surpris que douleur lui advienne. Le soleil, sur sa fin, pourtant, reste un soleil, Gardant le souvenir, dans sa nuit sans éveil, D’un semblant de douceur du passé, qui fut sienne
Astre hexaplanétaire ------------------------- L’étoile a pour vassaux six planètes fugaces Que l’on voit graviter dans le ciel obscurci, Elles dont fréquemment l’atmosphère noircit ; Et leurs trajets toujours suivent le temps qui passe. Une comète au loin semble partir en chasse, Mais nous, sages, savons qu’il n’en est pas ainsi : Il ne rejoindra rien, ce bolide indécis, Esclave du chemin que suit son corps de glace. Or, le système entier s’en va vers le néant, Les six planètes soeurs et leur astre géant : Cela est programmé, que veux-tu qu’il advienne ? Ah, mais pour le moment, est-il plus beau soleil, Que l’étoile bénie qui nous tient en éveil, Qu’un poète parfois voudrait avoir pour sienne !
Si c’est bien l’un de mes poèmes préférés, d’abord parce que j’adore Théophile Gautier et que le recueil « Émaux et camées » me suit partout . Cerise sur le gâteau, en classe de seconde le Professeur nous avait demandé de choisir librement un poème à présenter à la classe. J’avais justement choisi «Soleil couchant ». J’aime toujours autant ce poème, 55 ans plus tard.
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