Poème
Si tu ne sais, Morel, ce que je fais ici
Si tu ne sais, Morel, ce que je fais ici, Je ne fais pas l'amour ni autre tel ouvrage : Je courtise mon maître, et si fais davantage, Ayant de sa maison le principal souci. Mon Dieu (ce diras-tu), quel miracle est-ce ci, Que de voir Du Bellay se mêler du ménage Et composer des vers en un autre langage ? Les loups et les agneaux s'accordent tout ainsi. Voilà que c'est, Morel : la douce poésie M'accompagne partout, sans qu'autre fantaisie En si plaisant labeur me puisse rendre oisif. Mais tu me répondras : Donne, si tu es sage, De bonne heure congé au cheval qui est d'âge, De peur qu'il ne s'empire et devienne poussif.
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Fruits exotiques de gueules ----------------------------- Tels fruits, dit le serpent, ne poussent pas ici ; De l’auteur du Jardin, ils ne sont pas l’ouvrage. La graine vint de loin, je n’en dis davantage, À mes frères humains j’épargne un tel souci. Adam lui répondit : «Quel miracle est ceci ? Serpent, tu as déjà troublé notre ménage, Devons-nous à nouveau croire ton beau langage ? N’en as-tu pas assez de nous tromper ainsi ?» Mes mots, dit le serpent, ne sont que poésie, Tout ce que je vous dis vient de ma fantaisie, C’est l’humble passe-temps d’un animal oisif. Adam ne sait que croire. «Es-tu devenu sage, Serais-tu bienveillant par respect pour notre âge ?» Puis il ne dit plus rien, notre ancêtre pensif.
Ours paresseux -------- J’aime vraiment glander ici, Nul n’y propose aucun ouvrage ; Cela n’a que des avantages, Ça ne procure aucun souci. J’ai tout de même écrit ceci, Mais ce n’est qu’un vain bavardage ; Un modeste jeu de langage Mêlant le vague et l’imprécis. C’est un semblant de poésie, C’est un accès de fantaisie, C’est la parole d’un oisif. Être glandeur, c’est être sage, Et cela, quel que soit ton âge ; Gardons-nous du zèle excessif !
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