Poème
Rêves d'émail
Ce soir, au réduit sombre où ronfle l'athanor, Le grand feu prisonnier de la brique rougie Exalte son ardeur et souffle sa magie Au cuivre que l'émail fait plus riche que l'or. Et sous mes pinceaux naît, vit, court et prend l'essor Le peuple monstrueux de la mythologie, Les Centaures, Pan, Sphinx, la Chimère, l'Orgie Et, du sang de Gorgo, Pégase et Chrysaor. Peindrai-je Achille en pleurs près de Penthésilée ? Orphée ouvrant les bras vers l'Épouse exilée Sur la porte infernale aux infrangibles gonds ? Hercule terrassant le dogue de l'Averne, Ou la Vierge qui tord au seuil de la caverne Son corps épouvanté que flairent les Dragons ?
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Lions océaniques -------------------- Ils ont servi le roi Nabuchodonosor Et reçu d’Antarès la lumière rougie ; Nos deux compères sont devenus, par magie, Les féroces gardiens d’un écu bordé d’or. Plus que l’aigle qui prend au matin son essor Et plus que les démons de la mythologie Que Dionysos entraîne en d’étranges orgies, Les lions brûlent leur âme et déchaînent leur corps. Nous autres, redoutant leurs griffes effilées, Prions le charpentier venu de Galilée De protéger nos nefs, lorsque nous naviguons ; Car ces lions sont marins, et leurs fanions en berne Frémissent, menaçants, sous le vent de galerne, Comme vole un phénix, comme danse un dragon.
Poissonnier volant -------------------- Pêchant depuis le temps du miracle au Thabor, Il a bâti son nid sur l’argile rougie ; Depuis bien des années, il voudrait, par magie, Capturer dans ces eaux le petit poisson d’or. Et ce poissonnier prend au matin son essor, Plus fier que les démons de la mythologie (Mais il n’a point de part à leurs sombres orgies). Les poissons sous la pierre ont abrité leur corps. Point ne veulent subir, des serres effilées, La caresse cruelle à leur chair profilée ; Ils vont donc se cacher tout au fond d’un lagon. Ces beaux poissons marins ont le moral en berne ; Le rapace porté par le vent de galerne Les remplit de terreur, il leur semble un dragon.
Vicomte azuré ------------------ Le vicomte d’azur a peu de pièces d’or, Sa table est éclairée d’une seule bougie ; Il voudrait retrouver son avoir, par magie, Et loge en son manoir le démon Belphégor. Un sortilège prend au matin son essor, Chargé de mots tirés de la mythologie ; Lucifer interrompt sa flamboyante orgie Pour observer comment ce message prend corps. Mais il ne plonge point ses griffes effilées Dans la caisse aux trésors, lourdement profilée ; Il garde ce qu’il a, comme fit Harpagon. Le vicomte d’azur a le moral en berne ; Son espoir est parti au souffle de galerne, Ses écus sont restés dans les mains du dragon.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2016/07/26/lions-oceaniques/ ainsi que https://paysdepoesie.wordpress.com/2017/10/31/poissonnier-volant/ et aussi https://paysdepoesie.wordpress.com/2017/11/26/vicomte-azure/
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2017/10/31/poissonnier-volant/
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