Poème
Rêve de Watteau
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Virgiliennes
Quand les pastours, aux soirs des crépuscules roux Menant leurs grands boucs noirs au râles d’or des flûtes, Vers le hameau natal, de par delà les buttes, S’en revenaient, le long des champs piqués de houx ; Bohêmes écoliers, âme vierges de luttes, Pleines de blanc naguère et de jours sans courroux, En rupture d’étude, aux bois jonchés de brous Nous aillions gouailleurs, prêtant l’oreille aux chûtes. Des ruisseaux, dans le val que longeait en jappant Le petit chien berger des calmes fils de Pan Dont le pipeau qui pleure appelle, tout au loin. Puis, las, nous nous couchions, frissonnants jusqu’aux moëlles, Et parfois, radieux, dans nos palais de foin Nous déjeunions d’aurore et nous soupions d’étoiles...
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Luttes inélégantes -------------- Nous ne recherchons pas la gloire, Car elle est pour les insolents ; Bergers aux modestes talents, Nous vivons des vies sans histoires. Ne rien faire est notre victoire, Ou vagabonder à pas lents ; Ou méditer, les bras ballants, Indemnes de toute idée noire. Cueillir des herbes, brin par brin, Cueillir aussi du romarin ; Même, parfois, de la luzerne... Comme le disait Jean Lorrain, « Soyons heureux dans nos cavernes » ; Nous le suivrons sur ce terrain.
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