Poème
Quelquefois les chevaus vont carapassonnez...
Mespris de la vie et consolation contre la mort
Quelquefois les chevaux vont caparaçonnés De drap d’or et d’argent, richesse inestimable ; Toutefois, arrivés en la fumante étable, On leur ôte l’habit duquel ils sont ornés. Et ne leur reste rien sur les dos étonnés Que lasseté, sueur et plaie dommageable Dont l’éperon, la course et le faix les accable, Défaillant sous les bonds en courbettes tournés : Ainsi marche le prince accompagné sur terre ; Puis quand le trait subit de la Parque l’enferre, Tous ses honneurs lui sont incontinent ôtés ; Car de tant de ressorts et provinces sujettes Les rois n’emportent rien sous les tombes muettes Que les forfaits commis en leurs principautés.
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Pour roi et pour manant telle heure doit sonner Où doit périr en eux cette vie périssable. C'est cela que l'on doit tenir pour véritable, Et non l'éternité de nos murs maçonnés. * D'ailleurs, même ces murs, lentement façonnés, Lentement se défont et redeviennent sable ; Vivant ni minéral n'ont de statut durable, Le temps est un faucheur et peut tout moissonner. * Donc, lorsque vient la fin de notre vie sur terre, Il convient de sourire, ou du moins, de se taire : Ce coeur sait que s'il bat, ce n'est pas pour toujours. * Entendons aujourd'hui le chant de l'alouette, La rumeur des forêts, le babil des poètes, C'est aujourd'hui qui passe, il faut cueillir ce jour.
Sagesse de l’alouette --------------------- L’alouette entendit les matines sonner, Rappelant leur devoir aux moines périssables. Du tintement, elle eut un plaisir véritable Auprès de ce clocher finement maçonné. Car l’esprit d’un oiseau, lentement façonné Jusqu’à connaître enfin des chants incomparables, Apprend à respecter tout ce qui est durable, Mais les herbes aussi, que l’on doit moissonner. L’alouette a chanté, s’éloignant de la terre, Maîtresse du ramage et de l’art de se taire ; Choses que les oiseaux savent depuis toujours. Or, j’entends aujourd’hui le chant de l’alouette : C’est ce chant qui m’apprit mon métier de poète Au temps où je goûtais la primeur de mes jours.
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