Poème
Prière
Seigneur, pardonnez-moi. Parmi l’avoine grise, J’ai trop aimé les soirs, les fleurs, et les fourmis ; Je préférais, aux lys d’argent de votre église, Ceux, dans les sentiers frais, que vous-même aviez mis. Seigneur, pardonnez-moi. Parmi l’heure indécise, J’ai pris l’astre du ciel pour un doute éclairci ; Et, d’un cœur plus penché que le clocher de Pise, J’ai pris le ver luisant pour une étoile aussi. Comment pouviez-vous donc écouter ma prière Quand, par une fenêtre, un parfum de bruyère Suffisait pour troubler mon cœur qui palpitait ? Seigneur, chaque printemps dictait la parabole De mon âme si grave et pourtant si frivole… Et je n’ai su prier qu’en mots que j’inventais !
Commentaires (1)
Le fils du charpentier ne dit point "Sois soumise" À l'abeille, à la fleur, à l'ombre, à la fourmi. Il ne leur a pas dit de venir à l'église Dire un Pater Noster avec tous leurs amis. Il aime les frissons de leur âme indécise Et leur soulagement sous le ciel éclairci. Parfois, pour s'amuser, il leur fait des surprises Et j'ai comme une idée qu'ils lui en font aussi. Mais l'homme est obstiné à dire sa prière, Alors que s'il aimait respirer la bruyère Au profond des forêts, si son coeur palpitait Pour un bleu papillon qui dans la brise vole, Il serait entouré de forces bénévoles Dans ce vaste univers qui frémit, et se tait !
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