Poème
Présent de noce
À Mme Corinne W* Un soir, que nous veillions sous les marronniers verts ; Nos voix, dans le jardin, retentissaient joyeuses, Et, noyant mes dix doigts dans vos boucles soyeuses, Entre deux gros baisers, je vous promis des vers. Depuis lors, j’ai vieilli ; ma vie eut des revers ; Je me berçai souvent d’espérances railleuses ; Mais pour vous, la jeunesse et ses fleurs merveilleuses Par des printemps vermeils ont marqué mes hivers. Vierge au front rougissant, demain vous serez femme : Je devrais vous écrire un long épithalame ; Mais, hélas ! ce n’est plus de mode désormais. Le sonnet, ce pigmée, a vaincu le colosse… Daignez donc accepter celui-ci, car j’y mets Tous mes vœux de bonheur et mon présent de noce. (1884)
Commentaires (3)
Un sonnet, c'est plus grand qu'un insecte ou qu'un ver ; Il peut enthousiasmer une foule joyeuse, Faire rire la femme en sa robe soyeuse, Et parfois, au plaisir, il donne le feu vert. Si la vie du poète a parfois des revers, Si sa plume a des jours d'inspiration railleuse, Il demeure au pouvoir des muses merveilleuses Qui changent en printemps les plus sombres hivers. Aujourd'hui, ton coeur est au pouvoir d'une femme : Il ne t'est plus donné de disperser ta flamme, Vous êtes l'un pour l'autre un monde, désormais. Aussi, que dirais-tu, homme à l'esprit véloce, Si tous tes invités, rimeurs comme jamais, Lui offraient leurs sonnets comme présents de noce ?
Quand j'ai lu "véloce" je me suis dit : Ouh il va faire rimer ça à "noce" Quesqu'on gagne ?
Sinon j'aurais mis "atroce" mais moins joli. Encore merci pour m'avoir signalé la citation rimbaldienne dans "La chasse spirituelle". L'emprunteur ne m'avait nullement prévenu, mais, pourquoi pas.
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