Poème
À Alfred Garneau
Pourquoi chanter, ami, lorsque l’homme n’écoute Que le son du métal, et qu’il va, délirant, Comme un triste insensé, laisser indifférent Ses lambeaux de croyance aux épines du doute ? Bien longtemps j’ai voulu résister au torrent, M’attacher aux rameaux dont s’ombrageait ma route ; Mais des illusions le baume goutte à goutte S’échappa de mon cœur pour suivre le courant. À bien des chocs cruels ma lyre s’est brisée ; A lutter sans espoir ma main s’est épuisée ; J’ai fui le sol mouvant qui manquait sous mon pié : Et si, barde vaincu, parfois je chante encore, C’est qu’il reste en mon âme une corde sonore Qui vibrera toujours au nom de l’amitié ! (1865)
Commentaires (1)
D'or au dragon d'azur --------------------------- Le dragon d'azur chante, et, pensif, je l'écoute ; On dirait qu'il récite un sonnet délirant Devant trois tours de sable où règne, indifférent, Un trio de seigneurs qui cultive le doute. Les trois soleils d'azur éclairent le torrent Qui circule, invisible, et que longe la route ; Une vague, parfois, projette quelques gouttes, Une truite d'argent frémit dans le courant. Le dragon d'azur vole en sa ligne brisée, Son énergie, dit-on, n'est jamais épuisée, Sur la terre, jamais il ne pose les pieds. Le dragon d'azur chante, et je l'écoute encore ; Comme moi, c'est un barde à la lyre sonore, Sans que je le connaisse, il a mon amitié.
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