Poème
Ô qu'heureux est celui qui peut passer son âge
Ô qu'heureux est celui qui peut passer son âge Entre pareils à soi ! et qui sans fiction, Sans crainte, sans envie et sans ambition, Règne paisiblement en son pauvre ménage ! Le misérable soin d'acquérir davantage Ne tyrannise point sa libre affection, Et son plus grand désir, désir sans passion, Ne s'étend plus avant que son propre héritage. Il ne s'empêche point des affaires d'autrui, Son principal espoir ne dépend que de lui, Il est sa cour, son roi, sa faveur et son maître. Il ne mange son bien en pays étranger, Il ne met pour autrui sa personne en danger, Et plus riche qu'il est ne voudrait jamais être.
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Oiseau préhistorique -------------- C’est un oiseau parlant qui vient du fond des âges, Se plongeant chaque jour dans la littérature ; Je lui donne des toasts et de la confiture, Je le vois grignoter, tout en tournant les pages. Il est plein du désir d’en savoir davantage, Cette accumulation nourrit son écriture ; Mais je ne sais s’il prend des notes de lecture, S’il ne le faisait point, ce serait bien dommage. Il aime déformer les poèmes d’autrui : Croit-il que certains d’eux furent écrits pour lui ? Cet oiseau prend Ronsard et Du Bellay pour maîtres. Il consulte parfois des auteurs étrangers, Puisque de nourriture il aime bien changer, C’est un drôle d’oiseau, lui, c’est un drôle d’être.
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