Poème
Mars
par René-François SULLY PRUDHOMME
En mars, quand s'achève l'hiver, Que la campagne renaissante Ressemble à la convalescente Dont le premier sourire est cher ; Quand l'azur, tout frileux encore, Est de neige éparse mêlé, Et que midi, frais et voilé, Revêt une blancheur d'aurore ; Quand l'air doux dissout la torpeur Des eaux qui se changeaient en marbres ; Quand la feuille aux pointes des arbres Suspend une verte vapeur ; Et quand la femme est deux fois belle, Belle de la candeur du jour, Et du réveil de notre amour Où sa pudeur se renouvelle, Oh ! Ne devrais-je pas saisir Dans leur vol ces rares journées Qui sont les matins des années Et la jeunesse du désir ? Mais je les goûte avec tristesse ; Tel un hibou, quand l'aube luit, Roulant ses grands yeux pleins de nuit, Craint la lumière qui les blesse, Tel, sortant du deuil hivernal, J'ouvre de grands yeux encore ivres Du songe obscur et vain des livres, Et la nature me fait mal.
Commentaires (1)
Druillesque --------------- Sur ta planète aux longs hivers, Bercé de nostalgies naissantes, Robot à l’âme évanescente, S’engourdit ton cerveau de fer. Pourras-tu naviguer encore ? Tous tes câbles sont emmêlés, Ton regard est un peu voilé ; Adieu, vaisseaux couleur d’aurore. Or, pour abriter ta torpeur, Nous t’offrons une nef de marbre ; Notre nécropole et ses arbres Te nomment invité d’honneur.
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