Poème
Déception
par René-François SULLY PRUDHOMME
Une eau croupie est un miroir Plus fidèle encor qu'une eau pure, Et l'image la transfigure, Prêtant ses couleurs au fond noir. Aurore, colombe et nuée y réfléchissent leur candeur, Et du firmament la grandeur N'y semble pas diminuée. A fleur de ce cloaque épais Les couleuvres et les sangsues, Mille bêtes inaperçues, Rôdent sans en troubler la paix. Le reflet d'en haut les recouvre, Et le jeu trompeur du rayon Donne au regard l'illusion D'un grand vallon d'azur qui s'ouvre. A travers ces monstres hideux Le ciel luit sans rides ni voiles, Il les change tous en étoiles Et s'arrondit au-dessous d'eux. Mais la bouche qui veut se tendre Vers l'étoile pour s'y poser, Sent au-devant de son baiser Surgir un monstre pour le prendre. Tel se reflète l'idéal Dans les yeux d'une amante infâme, Et telle, en y plongeant, notre âme N'y sent de réel que le mal.
Commentaires (1)
Beaux petits pages -------------------------- La reine voudrait son miroir ; Un petit page à l'âme pure, Que cette mission transfigure, L'apporte sur un plateau noir. Des trois autres, c'est la ruée ; Vois comme ils sont pleins de candeur Devant la reine et sa grandeur, Mais elle y est habituée. Marchant sur des tapis épais, Elle a marché vers une issue Qu'elle franchit, inaperçue, Du jardin retrouvant la paix.
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