Poème
M’en allant par la bruyère...
par Marie NOËL
À Denise. M’en allant par la bruyère - Buisson rouge, buisson blanc – Pour cueillir la fleur dernière Qui pousse au milieu du vent. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant. Passant vers la clématite - Le rouge-gorge est dedans – J’ai rencontré la nourrice Qui mène au bois ses enfants. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant. Les trois plus beaux vont derrière, Les trois plus gais vont devant, Mais la petite dernière Traîne le pied marchant. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant. Passant par le champ de trèfle - Ses frères sont loin du champ – Elle baisse un peu la tête, Elle s’arrête en pleurant. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant. « Viens-t’en, ma petite rose, Ma mie, avec moi viens-t’en. Nous rattraperons les autres À travers les pays grands. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant. « Donne-moi ta main sauvage Qui tient une fleur au vent; Donne-moi ton doux visage Et ton joli cœur battant. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant. « Donne-moi ton cœur qui tremble Avec son chagrin dedans; Nous le porterons ensemble Sous mon grand manteau flottant. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant. « Et j’endormirai ta peine Le long des bois en chantant. Ta peine d’aujourd’hui même Et celles des autres temps. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant. « La plus vive, la plus folle Qui sort du monde au printemps Et celle qui vient d’automne Pour faire mourir les champs. Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.
Commentaires (6)
Sublime.
« Le couplet le plus magique, C'est la strophe des poissons Qui s'en vont dans l'Atlantique En fredonnant leur chanson : Poisson rouge, poisson jaune, poissons au loin poissonnant.
c'est très original, j'aime bien
Le couplet des poissons ? Il m'a fait éclater de rire. Trop drôle !!
J'aime bien les pastiches de Cochonfucius ... il improvise avec bonheur, en respectant la musique de Marie Noël
Sérénité d’un buisson ---------- D’automnes successifs j’ai connu la saveur, Où le vent composait des rimes insensées ; Je ne parvins jamais à capter ses pensées, Mais ce détail est loin d’être en sa défaveur. Les insectes des bois chantaient avec ferveur, Reprenant mille fois la strophe commencée ; La dryade d’ici n’en fut pas offensée, Ni l’ondin délirant, ni le faune rêveur, Le vent, depuis toujours, suit ses propres chemins, Il n’en changera point du jour au lendemain ; Il s’accommode bien d’une absence de route. Un souvenir s’endort dans mon coeur de buisson, Celui d’une lumière ou celui d’un frisson ; Rien ne réparera ma mémoire en déroute.
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