Poème
Les volets, les rideaux, les portes
par Anna de NOAILLES
Éros — Les volets, les rideaux, les portes Ont protégé notre bonheur; Mais, ô mon amie, ô ma morte, Toi qui meurs, qui vis et remeurs, En ce moment où monte à peine Ta lasse respiration, Que fais-tu de ta passion? Quel est ton plaisir ou ta peine? Écho — Ne demande rien, mon amour; Ne bouge pas, reste en ta place; Que ta suave odeur tenace M'ombrage de son net contour. Je ne pense à rien, je suis telle Que quelque mourante immortelle Qui sent en son cœur tournoyer Les flèches qui l'ont abattue, Et sans pouvoir tuer la tuent. — Dans cette ivresse de souffrir Avec complaisance, ô prodige! J'observe aux confins du vertige La stupeur de ne pas mourir...
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